C’est marrant, ce matin je me réveille et je me sens plutôt bien dans mes pompes, l’impression d’aller dans la bonne direction pour une fois.
Je regarde à peine deux ans en arrière et je me dis que c’était pas gagné.
Au départ moi je voulais juste faire un album de rap, c’est tout. Après un paquet d’années avec PUZZLE, en toute logique j’allais balancer le solo. J’allais vendre 1500 disques, faire trois MJC et retourner pourrir dans l’anonymat en médisant sur l’industrie du disque.
La lassitude peut-être, l’approche de la trentaine et ce stupide besoin de stabilité… Pleins de petites choses me faisaient douter.
Mais bordel qu’est-ce que je pouvais bien faire de moi ? Je ne savais que rapper. J’aurais bien trouvé un vrai métier mais si jamais un jour vous tombez sur mon CV vous comprendrez que c’est du domaine de l’utopie. Soyons sérieux.
Bon gré mal gré j’ai enregistré mes premières maquettes, elle faisaient l’unanimité dans mon entourage, à part un titre «J’ai marché dans l’amour», pas assez rap selon certains, merdique selon d’autres.
J’insistais, il me plaisait vraiment beaucoup ce titre.
Une fois un peu fignolées mes premières maquettes ont été envoyées par une amie à un journaliste spécialisé dont je tairais le nom. Le journaliste en question a répondu qu’il trouvait les titres globalement sans intérêt, à part justement «J’ai marché dans l’amour».
Sa critique a trouvé en moi un écho particulier, comme vous pouvez vous en douter.
Il disait que, selon lui, ce n’était même pas du rap, que c’était plus large que ça.
Il pensait non seulement que c’était un tube potentiel mais qu’en plus le style d’écriture était très valable.
En fait, sans le vouloir, juste en donnant un petit jugement que j’aurais tout aussi bien pu prendre à la légère, il avait mit le doigt dessus.
Ce jour là, même si je ne me le suis pas dis aussi clairement, j’ai décidé que je ne voulais plus faire de rap et appartenir à une niche mais que je voulais faire de la musique au sens large du terme, et surtout chanter. J’ai dis adieu à cette capuche trop lourde à porter et décidé d’avancer à visage découvert. De Benjamin Paulin j’étais devenu Ben, de Ben j’étais devenu Le Vrai Ben puis finalement Benjamin Paulin à nouveau. La boucle est bouclé. Devenir soi-même c’est ce qu’il y a de plus dur.
Il me restait un tas de vieilles instrus de Logilo dans mon MacBook, celles que l’on n’avait pas utilisées, je me suis mis à chanter dessus, j’ai allumé Garage Band et j’ai improvisé des textes.
Comme ça, naturellement.
Je vous passe tous les détails mais quelques mois plus tard j’avais un contrat entre les mains.
Comme ça, naturellement.
Plus de dix années passées dans le Hip-Hop et malgré une grosse estime du public jamais une proposition sérieuse de signature.
Là, tout fonctionnait comme une évidence. Il faut parfois savoir aller avec le flot, laisser la vie vous entraîner là où bon lui semble. C’est ce que j’ai fait.
Quelques jours plus tard j’avais 30 ans, un peu soulagé même si en vérité le combat ne faisait que commencer. J’étais maintenant signé en tant que chanteur. Il ne me restait plus qu’à apprendre à chanter.
C’est tout moi ça, je ne sais pas avancer autrement, il faut à chaque fois que je me mette dans la merde pour trouver l’énergie d’en sortir.
AVANT APRES



Bonne chance dans ton nouveau costume, ton nouvel habit de toi même.
Rire ! Bien envoyé !
Devenir soi-même c’est savoir changer.
intéressant
je viens d’entendre “dites le avec des flingues”, très sympa.